Le Conseil d’Etat, par une ordonnance en date du 5 janvier 2007, rendue sur appel de la Préfecture de Police de PARIS à l’encontre de l’association « Solidarité des Français », déclare que la distribution de la « soupe au cochon » peut être légalement interdite.
En effet, cette association, proche de l’extrême droite française, organisait une distribution de soupe contenant du porc, avec le but volontaire d’en exclure les musulmans et les juifs.
Le Préfet de Police de PARIS avait considéré que cette distribution de soupe, volontairement discriminatoire, pouvait provoquer des troubles à l’ordre public, ce qui autorisait le Préfet à interdire la distribution.
Par un arrêté, le Préfet de Police avait interdit les rassemblements envisagés par ladite association les 2, 3, 4, 5 et 6 janvier 2007.
Le Tribunal Administratif de PARIS avait suspendu cette décision.
Le Juge des référés du Conseil d’Etat annule l’ordonnance du Tribunal Administratif de PARIS au motif suivant :
« Que le Juge des référés du Tribunal Administratif ne pouvait, sans entacher son ordonnance de contradiction de motif, d’une part retenir le caractère discriminatoire de l’organisation sur la voie publique, par l’association « Solidarité des Français » de distribution d’aliments contenant du porc, et d’autre part estimer que l’arrêté portait une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté fondamentale de manifester ».
Le Conseil d’Etat poursuit ensuite en indiquant :
« Que l’arrêté contesté prend en considération les risques de réaction à ce qui est conçu comme une démonstration susceptible de porter atteinte à la dignité des personnes privées du secours proposé et de causer ainsi des troubles à l’ordre public ».
Il conclut ainsi :
« En interdisant par l’arrêté contesté plusieurs rassemblements liés à la distribution sur la voie publique d’aliments contenant du porc, le Préfet de Police n’a pas, eu égard au fondement et au but de la manifestation et à ces motifs portés à la connaissance du public par le site internet de l’association, porté une atteinte grave et manifestement illégale à la liberté de manifestation ».
Cette décision aura sans doute des suites car tout d’abord il s’agit uniquement d’une décision de référé, ensuite il s’agit d’une décision qui ne traite que d’une partie de la difficulté créée par cette manifestation.
En effet, était étudiée la légalité d’une décision du Préfet qui considère que compte tenu du caractère discriminatoire de cette manifestation, elle va créer obligatoirement des troubles à l’ordre public et qu’il y a donc lieu de l’interdire.
Cependant, on sait que la liberté de manifester est extrêmement bien protégée en France et on pourrait envisager, comme le prévoit la jurisprudence administrative traditionnelle, qu’il appartient à l’Etat de protéger cette liberté et donc de permettre à la liberté de manifester de s’exprimer.
On retomberait alors sur le fond de cette affaire, à savoir est-ce qu’il est possible, légalement, de proposer une aide de type social ou humanitaire volontairement discriminatoire.
Il est à noter que cette manifestation est particulière dans la mesure où elle ne se borne pas à réserver le bénéfice de cette aide à une catégorie ou une autre, mais par sa spécificité alimentaire, à exclure volontairement une catégorie de personnes.
Il s’agit donc d’une affaire à suivre …
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